Rêver de Cithare : signification et interprétation
La cithare en rêve symbolise la musique ancienne et la vibration des cordes de l'âme — comme la lyre, elle exprime ce qui ne peut être dit que par les sons.
Dont on joue : chagrin d'amour.
La cithare appartient à la famille des instruments couchés : posée à plat sur les genoux ou sur une table, jouée penché au-dessus d'elle — le musicien la regarde de haut, comme on lit. Pas de manche brandi, pas de posture de scène : une intimité d'écritoire. Rêver d'un instrument qu'on joue penché sur soi — les cordes à l'horizontale, le visage au-dessus — travaille les pratiques d'intimité : ce qui se fait tête baissée, pour soi ou pour très peu, à l'opposé des arts de tribune. Certaines personnes ont une cithare au sens large — l'activité inclinée qui les répare : l'aquarelle, le carnet, le pétrin. Le songe protège ces pratiques penchées : elles ne produisent pas de gloire, elles produisent du calme — et le calme, dans une vie, est une production majeure.
Sur une cithare, chaque corde ne donne qu'une note : pas de manche pour en tirer d'autres — trente, quarante cordes, chacune fidèle à son unique son, et la mélodie naît de passer de l'une à l'autre. Rêver de cet instrument à cordes fixes — en pincer une, puis sa voisine, chercher la note dans le rang — travaille l'organisation par spécialités : les ensembles où chacun ne fait qu'une chose et la fait juste — l'équipe aux talents fixes, la famille aux rôles répartis. Le songe en expose la splendeur et la contrainte : rien de plus pur qu'une corde qui n'a qu'une note ; rien de plus dépendant qu'une mélodie qui exige toutes les cordes. La question qu'il pose vaut pour les groupes et pour soi : suis-je une corde à note unique — et qui joue de l'ensemble ?
Le monde entier a entendu une cithare sans le savoir : le thème du Troisième Homme — quelques cordes pincées à Vienne, et un instrument régional propulsé dans toutes les mémoires par un film. L'homme qui en jouait était un inconnu des tavernes ; la mélodie a fait le tour de la planète. Rêver d'un air de cithare — le reconnaître, le fredonner sans savoir d'où il vient — travaille la carrière des choses modestes propulsées : le talent local qu'une circonstance mondialise, la petite musique personnelle qu'un hasard fait entendre très loin. Le songe rappelle l'ordre des facteurs : la mélodie existait avant le film — la circonstance n'a rien créé, elle a branché un micro. Tenir sa petite musique prête est la seule part qui nous revient ; le micro passe quand il veut.
La cithare accompagne : sous les voix des veillées alpines, sous les chants du monde entier, elle soutient sans recouvrir — l'instrument s'efface derrière ce qu'il porte, et son art consiste à faire mieux sonner autre chose que soi. Rêver qu'on accompagne un chant — suivre une voix, la porter, s'ajuster à elle — travaille le talent d'accompagnement : celui des seconds qui font briller, des présences qui rendent les autres meilleurs — le parent sous l'enfant qui récite, l'ami sous le projet d'un autre. Le songe distingue l'effacement et la disparition : l'accompagnateur s'entend — en creux, dans la qualité de ce qu'il porte. Et il pose sa question de veillée : qui est-ce que j'accompagne en ce moment — et qui accepterait de m'accompagner, le jour où je voudrais chanter seul ?
Il se dit que la musique adoucit les colères royales : le vieux récit du jeune joueur de cordes appelé au palais pour calmer les fureurs du roi — et la fureur qui tombait, tant que les cordes sonnaient. Les traditions ont gardé cette scène parce qu'elle dit quelque chose d'exact : certaines agitations ne cèdent à aucun argument et cèdent à une vibration. Rêver qu'on apaise quelqu'un en jouant — la colère qui retombe aux premières notes — travaille les apaisements sans discours : ce qui calme par le canal du sensible quand le canal du sens est saturé — la voix posée plutôt que les raisons, la promenade plutôt que la discussion. Le songe note qui, dans l'entourage, sait jouer ainsi pour les autres — et rappelle que le musicien du récit, lui aussi, avait ses jours de fureur : les apaiseurs ont besoin qu'on leur joue quelque chose de temps en temps.
Jouer d'un instrument rare est une solitude particulière : pas de professeur à moins de cent kilomètres, pas de partitions en boutique, pas de collègues — le cithariste apprend seul, répare seul, et ne peut comparer sa pratique à personne. Rêver qu'on pratique un art sans pairs — chercher en vain qui saurait, inventer sa méthode — travaille les voies sans corporation : les métiers uniques, les passions orphelines, les situations de vie dont personne autour ne détient l'expérience. Le songe en connaît les deux versants : la liberté totale — personne pour dire que c'est faux — et le doute sans étalon — personne pour dire que c'est juste. Il suggère la solution des instrumentistes rares : chercher les cousins — à défaut d'un maître de cithare, un luthier, un harpiste, un accordeur. Les pratiques orphelines se soutiennent par familles élargies.
Une cithare comporte plus de cordes que de doigts : l'instrument oblige à choisir en permanence — sur quarante cordes tendues, la main n'en touche que quelques-unes, et l'essentiel de l'instrument se tait à chaque instant. Rêver de toutes ces cordes en attente — les survoler de la main, sentir tout ce qu'on ne joue pas — travaille le potentiel non sollicité : les capacités tendues et muettes que chaque vie transporte — les langues apprises qu'on ne parle plus, les talents accordés qui ne servent pas. Le songe corrige la mélancolie du motif : sur une cithare, les cordes muettes ne sont pas perdues — elles résonnent par sympathie et enrichissent le son des jouées. Ce qu'on n'exerce pas colore quand même ce qu'on exerce ; rien de ce qui est tendu en nous ne se tait tout à fait.
L'instrument des anges et des imageries : la cithare et ses cousines à cordes peuplent les nuages des tableaux, les vitraux, les cartes de première communion — l'humanité a spontanément mis des cordes pincées entre les mains de ses figures célestes, comme si cette sonorité-là était la moins terrestre de toutes. Rêver d'une musique de cordes venue d'en haut — sans musicien visible, flottante — travaille le registre des consolations sans source : les apaisements qui arrivent on ne sait d'où — la paix soudaine dans un deuil, l'accalmie inexpliquée d'une angoisse. Le songe ne tranche pas leur origine — chacun la nomme selon sa foi ou son vocabulaire — mais il en atteste l'expérience : il existe des musiques intérieures qui ne viennent d'aucun instrument connu. Les recevoir sans exiger de voir l'orchestre est une compétence de traversée.
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