Rêver de Chrysanthèmes : signification et interprétation

Signe que l'on attend amour et mariage.

En voir : accéder aux honneurs.

Noirs, largement épanouis: maladie prochaine d'une personne de l'entourage immédiat.

Blancs : on va assister à un enterrement.

Fanés : les espoirs ne se réaliseront pas.

En France, le chrysanthème a un rendez-vous : la Toussaint — les jardineries dévalisées fin octobre, les cimetières qui flamboient de pots dorés, roux, pourpres, et des millions de visites annuelles aux tombes fleuries pour l'occasion. La fleur porte tout le calendrier de la mémoire française. Rêver de chrysanthèmes — les acheter, les porter, fleurir une tombe — travaille l'entretien des liens aux morts : le rendez-vous annuel, la visite rituelle, le geste qui dit qu'on n'oublie pas. Le songe n'a rien de morbide : fleurir est un acte de vie adressé aux absents — le contraire de l'abandon. Sa question de novembre : mes morts ont-ils leur rendez-vous — la date, le lieu, le geste — ou la mémoire flotte-t-elle sans calendrier, présente partout et honorée nulle part ? Les rendez-vous fixes soulagent : le reste de l'année, on peut vivre — la visite est prévue.

Le même chrysanthème change de sens en changeant d'hémisphère culturel : au Japon, c'est la fleur impériale — l'emblème du trône, la fête nationale d'automne, l'ordre le plus prestigieux du pays — la fleur des cimetières français est là-bas celle des empereurs. Rêver de ce double statut — la même fleur honorée ici pour les morts, là pour le souverain — travaille la relativité des symboles : rien ne signifie en soi, tout signifie par contexte — les gestes offensants ici et polis là, les mots nobles dans une famille et tabous dans l'autre. Le songe en tire une prudence de voyageur applicable à tous les déplacements — de pays, de milieu, de famille : vérifier le dictionnaire local avant d'offrir ses fleurs. Et une consolation pour les symboles mal-aimés : ce qui est relégué ici est couronné ailleurs — les fleurs comme les gens ont parfois juste besoin de changer d'hémisphère.

Le chrysanthème fleurit quand tout abdique : novembre — les jardins éteints, les arbres nus, et lui qui ouvre ses pompons par centaines dans le froid, dernière fête végétale avant l'hiver. Sa saison est précisément celle où plus rien d'autre n'ose. Rêver de fleurs épanouies dans un paysage éteint — la touffe éclatante au milieu du gris — travaille les floraisons à contre-saison : ce qui donne son meilleur quand tout décline — les talents tardifs, les amours d'automne, les énergies qui se lèvent quand les autres se couchent. Le songe corrige le calendrier unique des floraisons : tout ne fleurit pas en mai, et les retards ne sont souvent que des saisons différentes. Sa question d'horticulteur : suis-je une plante de novembre qu'on juge sur des critères d'avril — et qu'est-ce qui, en moi, attend le froid général pour oser s'ouvrir, précisément parce que la concurrence sera couchée ?

Le pot de chrysanthème sur la tombe se lit d'année en année : frais et droit, il dit la visite récente ; fané, penché, l'hiver passé dessus, il date le dernier passage — les cimetières affichent ainsi, tombe par tombe, l'état des mémoires. Rêver de ces pots — les changer, découvrir le sien fané sur une tombe aimée, la tombe voisine toujours fleurie — travaille la maintenance de la mémoire : le lien aux morts comme entretien concret — pas un sentiment : des gestes datés, qui se voient. Le songe pose sa question sans culpabiliser : les mémoires aussi ont leurs saisons — les tombes très fleuries des premières années se visitent moins ensuite, et c'est le deuil qui fait son chemin, pas l'amour qui faiblit. Mais il note l'autre cas : le pot fané par simple report — la visite toujours remise, la mémoire en retard d'entretien. Un pot changé ne coûte qu'un samedi ; le poids d'une tombe qu'on n'ose plus visiter à force de ne pas y être allé coûte bien davantage.

N'offrez jamais de chrysanthèmes : la fleur est taboue en bouquet — associée aux tombes, elle ferait de tout cadeau floral un impair — et des générations de fleuristes ont rattrapé in extremis des mains innocentes tendues vers les pompons d'automne. Rêver qu'on offre ou reçoit la fleur interdite — la gaffe, le froid dans la pièce, l'explication gênée — travaille les tabous d'usage : les choses belles rendues intouchables par leur affectation — les mots réservés, les gestes préemptés, les prénoms qu'on ne donne plus. Le songe interroge la fabrique du tabou : la fleur n'a rien fait — c'est l'usage qui l'a marquée, et d'autres pays l'offrent sans frémir. Sa question d'étiquette : combien de belles choses sont interdites dans mon monde par simple contamination d'usage — et lesquelles mériteraient d'être réhabilitées, comme font les jeunes fleuristes qui remettent, prudemment, des chrysanthèmes dans les bouquets d'automne ?

La fleur est en réalité une foule : ce qu'on prend pour un chrysanthème est un capitule — des centaines de fleurs minuscules serrées en pompon, en marguerite, en araignée d'exposition. Les horticulteurs en ont tiré des milliers de formes, du bouton modeste à la boule géante des concours. Rêver de cette diversité — les formes qui n'ont rien en commun, la fleur qui est une assemblée — travaille l'unité faite de multitude : ce qui paraît un et qui est foule — les personnalités qui sont des assemblées de facettes, les familles qui font bloc en étant divisées, les œuvres uniques faites de mille gestes. Le songe emprunte au botaniste sa double vision : de loin l'unité, de près la multitude — et les deux sont vraies. Sa question de loupe : ce que je prends pour un bloc — chez moi, chez l'autre, dans les situations — de quoi est-il assemblé de près ? Les blocs qui intimident se négocient fleurette par fleurette.

Fleurir les vivants : l'idée court depuis longtemps chez ceux qui reviennent des cimetières — tant de fleurs pour les tombes, si peu pour les tables — et la résolution, prise chaque Toussaint et tenue quelques semaines, d'offrir aux gens de leur vivant ce qu'on portera de toute façon à leur mémoire. Rêver qu'on offre des fleurs à un vivant qu'on n'a jamais fleuri — la surprise, l'émotion disproportionnée, le « pour quelle occasion ? » — travaille l'anticipation des hommages : tout ce qu'on garde pour les oraisons — les mots d'admiration, les gratitudes, les déclarations — et qui ferait tant de bien distribué avant. Le songe fait la comptabilité des éloges différés : ce qu'on dira sur la tombe, la personne ne l'entendra pas — et l'on connaît pourtant déjà chaque mot. Sa consigne de novembre : prélever sur le stock funéraire — dire de son vivant une part de l'oraison. Les intéressés en font un usage que les tombes ne permettent plus.

Il existe des concours de chrysanthèmes : les horticulteurs qui travaillent un an pour une boule parfaite, les cascades dressées en pyramides dans les expositions d'automne, les variétés à nom déposé — toute une compétition de patience autour de la fleur que le public associe au recueillement. Rêver de ces chrysanthèmes d'exposition — les faire concourir, les admirer en pyramides — travaille l'excellence dans les domaines sans gloire : ceux qui visent la perfection là où personne ne regarde — les maîtres de spécialités obscures, les artisans du détail invisible, les champions de disciplines sans public. Le songe honore cette race de perfectionnistes tranquilles : leur récompense n'est pas la foule — c'est la boule parfaite elle-même, et l'estime de trois connaisseurs. Sa question d'exposant : où est mon concours de chrysanthèmes — le domaine où je vise l'excellence sans espoir ni besoin de célébrité — et si je n'en ai aucun, d'où viendra la joie que seule donne la perfection gratuite ?

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